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Par Emily
L’ARGUMENTATION
- Définition :
L’argumentation peut se résumer en 3 mots brefs : convaincre, persuader et délibérer. Argumenter c’est donc soutenir une opinion dans le but d’obtenir l’adhésion de son ou ses interlocuteur(s) à son opinion, il s’agit de le(s) convaincre, persuader. L’argumentation peut se pratiquer de deux manières différentes : à l’écrit ou à l’oral. A l’écrit pour argumenter une réponse, donner de la matière à la réflexion. A l’oral, pour convaincre, persuader quelqu’un, et notamment en politique où l’argumentation est très présente comme par exemple lors de votes, d’élections… Pour le brevet, argumenter à l’écrit est primordial, donc voici quelques méthodes pour écrire un texte argumentatif.

- Méthode :
Pour écrire un texte argumentatif qui rapporte plusieurs opinions, il y a deux manières de procéder.
1/ La première est que les thèses qui s’affrontent proviennent d’un seul et même énonciateur. Dans ce cas présent, on peut procéder comme ceci : commencer par une introduction qui présente le thème débattu, ensuite dans le développement commencer par un paragraphe réunissant les arguments pour (ou contre), ensuite un paragraphe réunissant les arguments contre (ou pour), et enfin une conclusion avec un argument décisif qui permet de trancher pour une thèse, ou avec l’annonce d’un autre débat lié au premier. Bien évidemment ce n’est qu’un modèle et d’autres organisations sont possibles.
2/ La deuxième est que les différentes thèses sont toutes défendues par différents personnages (une thèse = un personnage, une autre thèse = un autre personnage). Dans ce cas-ci, la thèse sera une représentation du caractère du personnage, et donc elle révèle ses idées, ses intentions… Il faudra bien faire attention à coordonner le personnage et son opinion pour qu’elle ne soit pas en désaccord. Par exemple si l’on vous demande d’écrire un dialogue argumentatif entre Dom Juan et un autre homme, il ne faut pas dire que la thèse de Dom Juan est qu’il déteste les femmes… Il faut garder une cohérence.

Aussi, quelques indications pour trouver des arguments : il faut prendre en considération les personnages concernés, les avantages et inconvénients de tel ou tel choix, aux causes et conséquences… Mais aussi on fait appel à notre expérience personnelle, sa propre culture, os connaissances, les informations par les médias…

- Entraînement :
Texte + questions

Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis
(L’auteur raconte de façon humoristique la conquête du feu par une tribu préhistorique. Dans la passage qui suit, le père et le fils –qui est le narrateur- s’affrontent : faut-il céder le feu aux autres tribus ou convient-il de le garder pour soi ?)

- Le feu fait de nous l’espèce dominante, et une fois pour toutes ! proclama-t-il. Avec le feu et le silex taillé, en avant pour la maîtrise du monde, et notre horde à l’avant-garde ! (…) Je dis que les enfants naîtront dans un monde meilleur que tout ce que nous pouvons rêver ! Moi, je construis pour l’avenir, et vous, vous vous plaignez parce que pendant un an ou deux –le temps que repousse l’herbe (1)- il faudra quitter notre chère caverne ! Moi, je construis pour que chaque horde puisse (2) avoir son chez-soi, du feu à domicile, une broche sur son feu, du bison sur sa broche, et qu’elles puissent s’inviter les unes les autres à partager leur hospitalité, et vous… Mais moi, pendant que père nous brossait l’image sentimentale de cette impossible Arcadie (3) paléolithique, je pesais vivement la signification de ses paroles. D’un regard méprisant, je voyais Tobie, Alexandre, les femmes, et même Oswald (4) d’habitude si perspicace, tomber dans le panneau. J’attendis l’occasion, et enfin j’intervins, dur et amer :
- Est-ce que j’ai bien compris, papa ? Est-ce que tu proposes vraiment de divulguer ta formule d’allume-feu à n’importe quel Pierre, Paul ou Jacques en Afrique ?
Père leva les sourcils.
- Bien entendu. Où veux-tu en venir ?
Je fis une pause avant de répondre. Puis, les lèvres serrées, je dis avec le plus grand calme :
- Simplement ceci : que je m’oppose absolument à toute divulgation de secrets intéressant notre sécurité, au profit d’une horde étrangère.
Mes paroles furent suivies d’un profond silence : père regarda l’un après l’autre les visages surpris et attentifs, et dit lentement :
- Ah oui ? Et pour quelle raison ?
- Pour différentes raisons, dis-je. Je les soumets aux réflexions de tous. Primo, parce que ce secret est le nôtre, que c’est à nous de décider si nos voulons nous en défaire. J’étais trop jeune alors, sinon je ne t’aurais jamais laissé dilapider un monopole de fait en allant dire aux gens comment se procurer le feu sauvage sur les volcans ; maintenant, si l’on en juge par les volutes de fumée qui se lèvent un peu partout dans le pays, presque tout le mode en a, y compris mes charmants beaux-parents. Et nous, qu’y avons-nous gagné ? Pas même le cuissot d’un cheval.
- Pouvais-je le refuser à tous ces pauvres gens ? dit père.
- Tu pouvais, dis-je, le leur vendre, en autoriser l’usage sous licence ; mais tu l’as tout simplement bradé, gaspillé pour rien, pas même des clopinettes. Cela ne se reproduira pas, voilà ce que je dis.
- Tu voudrais si je comprends bien, dit père, que je leur fasse payer des leçons particulières ? Six zèbres et trois bisons pour le maniement de la latérite, autant pour le soufflage du feu dormant en feu flambant ? Voilà ce que tu as en tête ?
- Et pourquoi pas ? Cela n’aurait rien d’immoral. Mais ce serai encore beaucoup trop bon marché, à ce prix-là. Mon intention pour le moment, c’est que la horde garde pour elle le feu artificiel. Quelques vingtaines de zèbres ne nous revaudraient pas cet avantage. Les autres hordes devront admettre que nous sommes, tu l’as dit, la puissance dominante. Il faut, si elles veulent mettre un feu en route, quelles soient obligées d’en passer par nous et nos conditions.
- Plus un mot ! cria père, rouge d’indignation. L’inventeur, c’est moi. L’invention m’appartient et j’en ferai ce que je voudrai.
- Mais toi, répliquai-je, tu appartiens à la horde et tu devras faire ce qu’elle veut. Tu n’es pas seul en jeu. Moi je pense aux enfants. A leur carrière future, et non à des rêves romanesques. Et je déclare que, pour des utopies, tu ne gâcheras pas les chances de nos fils de s’établir comme des pyrotechniciens professionnels Je ne dis rien, Oswald, contre la chasse et le métier des armes. Je dis seulement que l’on peut désormais penser à d’autres professions, par exemple pour ceux de nos garçons qui manqueraient de jambes o de souffle.
- Ce n’est pas bête du tout, dit Oswald. Pourquoi ferions-nous bénévolement cadeau de nos idées, gratuitement et à l’œil, à tous ces salopards ?
- Pour le bien de la subhumanité (5), dit père. Pour le salut de l’espèce. Pour l’accroissement des forces évolutionnaires. Pour…
- Des mots, des mots des mots ! lançai-je brutalement.
- Ernest ! gronda mère. Qu’est-ce qui te prend de parler à ton père sur ce ton ?
- Je lui parlerai comme un fils doit parler à son père quand il se conduira comme un père doit se conduire avec ses enfants, mère, dis-je en me contenant.
- Ton père a toujours été un jeune homme très idéaliste, dit mère, mais c’était déjà comme pour l’excuser.
- Je suis un homme de science, dit père d’une voix calme. Je considère que les résultats de la recherche individuelle sont la propriété de la subhumanité dans son ensemble, et qu’ils doivent être mis à la disposition de tous ceux qui…eh bien… explorent où que ce soit les phénomènes de la nature. De cette façon le travail de chacun profite à tous, et c’est pour toute l’espèce que s’amassent nos connaissances.
- Père a raison, dit Tobie, et il fut remercié d’un regard.
- Très bien, affectai-je d’admettre. J’admire ce principe, père, très sincèrement. Mais permets-moi, à ce sujet, de faire deux observations. La première, c’est celle-ci : quelle aide avons-nous reçue, nous, de la part des autres chercheurs ? Je suis moralement certain que, s’il s’en trouve quelque part, ils restent les fesses serrées sur toue chose utile qu’ils ont pu découvrir. Comment leur faire lâcher prise, si nous ne nous réservons pas nous-mêmes une monnaie d’échange ?
- C’est vrai aussi, convint Tobie à regret, mai père restait, assis raide et imperturbable.
- Le second point, poursuivis-je, je le livre à os réflexions. Cette découverte n’en est encore qu’à ses débuts. Elle a déjà provoqué un désastre. La confier à d’autres pour l’amour de l’espèce ? Fort bien. Du moins, que ce soit sans danger pour elle, et pour nous. Nous avons bien failli être rôtis, tous, et n’eût été l’habileté géniale de père pou nous sauver de justesse…
- Heureux de te l’entendre dire…, marmonna père.
- Serait-ce seulement, de notre part, une bonne action, poursuivis-je lentement, que d’enseigner à des retardataires de la technique comment se faire griller eux-mêmes, et nous avec eux ? Une forêt incendiée, ça ne suffit pas ? Serait-ce raisonnable de confier à des gens qui ne sont, à peu de choses près, que des grands singes, le moyen de réduire le monde en cendres ?
Oswald se frappa la cuisse :
- Il a cent fois raison ! cria-t-il. Rien que l’idée me donne la chair de poule !
Je vis bien que j’avais gagné la partie. Père était seul, tous m’approuvèrent. Griselda (6) me regarda les yeux brillants, et applaudit. Jusqu’à maman qui hasarda :
- Il me semble Edouard, qu’Ernest a beaucoup réfléchi là-dessus. Ne crois-tu pas que nous pourrions conserver cela pour nous, le temps de voir où nous en sommes ?
Père lui jeta un regard froid et se leva. Il me fixa des yeux, et je lui rendis la pareille.
- Hm, fit-il. C’est donc ce jeu-là que tu entends jouer, Ernest ?
- Ce jeu-là et nul autre, dis-je.
Père me considéra un moment blême de colère. Puis il se maîtrisa, non sans effort, et leva la broussaille d’un seul sourcil, à sa façon ironique habituelle.
- Ainsi soit-il, mon fils, dit-il.

Notes :
(1) Précédemment, à la suite d’une manœuvre malheureuse, la forêt a pris feu.
(3) Arcadie : région de la Grèce antique, transformée en pays idyllique par la tradition littéraire.
(4) Autres personnages, de la famille du narrateur.
(5) Le père désigne ainsi l’ensemble des premiers hommes vivants à cette époque.
(6) La fiancée du narrateur.

Questions :
1/ a. Relevez les éléments qui, selon vus, sont conventionnels et qui montrent que l’auteur ne s’est pas soucié de réalisme.
b. Relevez les éléments ou des situations qui ne correspondent pas à l’époque du récit.
2/ a. Quelle est la thèse défendue par Ernest, le narrateur ?
b. Quelle est celle défendue par le père d’Ernest ?
3/ a. Faites la liste des arguments de chaque personnage, sans recopier le texte, en utilisant votre propre vocabulaire.
b. Construisez un tableau à deux colonnes dans lequel vous classerez ces arguments, dans l’ordre où ils apparaissent (certains arguments peuvent revenir plusieurs fois).
c. Citez les extraits où Ernest reprend les arguments de son père en les tournant en dérision.
4/ Comment le père et le fils considèrent-ils respectivement les autres hommes ? Relevez quelques exemples pour étayer votre réponse.
5/ a. Relevez un passage où le discours d’Ernest est très structuré et un passage où le père bafouille.
b. Qu’indique ce contraste ?
6/ Relevez, dans le récit, les indications concernant le ton, les gestes des personnages : en quoi complètent-elles les paroles des personnages ?
7/ a. Au début du texte, Ernest est seul contre tous : relevez un passage qui le montre.
b. Comment le narrateur convainc-t-il Oswald qu’il a raison ?
c. A quel moment Ernest évite-t-il un conflit avec sa mère ?
d. A quel moment la mère d’Ernest prend-elle parti pour son fils ?
e. Quel allié le père trouve-t-il ? A quel moment cet allié change-t-il de camp pour rejoindre Ernest ?
f. Quelle est la phrase qui marque la victoire du narrateur ?
g. Cette victoire est-elle définitive ? Que révèle l’attitude du père ?
8/ Connaissez-vous des inventions contemporaines à propos desquelles on pourrait échanger les mêmes arguments que pour le feu ?

Voilà, un cours et un entraînement, et si vous avez besoin de réponses pour l’entraînement : emilie.bernard.tl@gmail.com
Emily, étudiante.

La révision.fr a été créée en 2011 par Julien Bernard.
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